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Le blog d'André Chassaigne

Député du Puy-de-Dôme - Président du groupe Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée Nationale

CETA / accords de libre-échange : nous avons besoin d'une toute autre coopération pour répondre aux vraies urgences planétaires

Réponses aux trois questions de la table ronde du 6 septembre 2019, publiée dans L'Humanité

 

1) Quelles seraient les conséquences de la finalisation de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada en cours d'examen actuellement ?
 Au-delà des multiples conséquences connues sur le plan économique, social et environnemental, je retiendrai l’exemplarité que la Commission européenne veut donner à la conclusion de cet accord. L’ensemble du processus de négociation engagé il y a 10 ans et confié à la Commission a pourtant tenu de la plus grande opacité. Mais la mobilisation de la société civile à son encontre a progressé au fur et à mesure du dévoilement de ses aspects les plus régressifs, en particulier sur son volet agricole et alimentaire ainsi que sur le mécanisme d’arbitrage des différends pour les investisseurs. La pression a conduit progressivement les négociateurs à multiplier les études d’impacts et à intégrer un affichage sur le plan social et environnemental, y consacrant deux chapitres dans le texte final. Tout ce travail n’avait qu’un seul objectif : faire valoir « la qualité » supérieure du CETA pour mieux préparer politiquement la conclusion des autres accords de libre-échange. Cet accord servira de modèle pour assurer la continuité d’une vision néolibérale des échanges internationaux, portée par l’OMC et l’UE. C’est en cela que l’adoption définitive ou non du CETA est un enjeu politique fort.

 

 2) Quels intérêts sert-il pratiquement ?
 Il sert d’abord l’intérêt de ceux qui ont un intérêt financier de court terme ! Et cela explique que les grands groupes capitalistes transnationaux industriels, bancaires et de la finance aient été les grands invisibles de la négociation alors que ce sont eux qui poussent à la conclusion rapide des différents accords dans le but de conquérir de nouveaux marchés de biens ou de services ou pour leurs investissements. Pour le CETA, ce sont la finance et les secteurs énergétiques et miniers qui ont été au cœur de l’accord, conduisant à ce que le secteur agricole et alimentaire soit considéré comme une simple variable d’ajustement. Un des risques majeurs concerne l’hyper-dépendance économique du Canada aux Etats-Unis qui pourront se servir du CETA comme porte d’entrée vers l’UE. Au lieu de contribuer à travailler à une coopération de haut niveau et de progrès social et écologique avec le Canada, le CETA va nous tirer vers le bas, tout en renforçant la dépendance à la politique et aux capitaux américains.  

 

3) Quelles exigences porter pour faire valoir le respect des droits du monde du travail,  des agriculteurs et de l'environnement dans les accords de commerce international ?
 C’est le cœur du problème. Il ne faut pas se contenter de dénoncer ces accords mais dire clairement ce que nous pourrions faire. Concernant le CETA, plutôt que de servir de rampe de lancement à la série d’accords de libre-échange à venir, il aurait pu être un traité de maîtrise du commerce international et de l’investissement au service de la révolution écologique et sociale des deux côtés de l’Atlantique. Notre proximité socio-économique, voire culturelle, avec le Canada permettait d’initier une toute autre coopération pour répondre aux vraies urgences planétaires en se fixant des règles et des normes partagées : développer un nouveau modèle agro-écologique ; construire la sortie des énergies carbonées et de la consommation effrénée de ressources minérales ; pénaliser les logiques spéculatives et lutter contre l’évasion fiscale ; finaliser des objectifs de santé ou sociaux communs avec des pôles publics dégagés des marchés . Il y a tant à faire. C’est possible. Mais nous voyons bien combien le CETA est révélateur du fossé immense entre d’un côté ce que devraient être les priorités de la coopération européenne, et de l’autre l’archaïsme d’une foi néolibérale sans vision d’avenir sur laquelle continuent de se reposer la Commission et les dirigeants européens. 


Voir aussi à ce sujet :

ACCORDS DE LIBRE-ÉCHANGE : NOTRE AGRICULTURE ET NOTRE ALIMENTATION EN DANGER ?

CETA et écologie : d’autres accords sont possibles !

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André Chassaigne

Député du Puy-de-Dôme, Président des Députés du Front de Gauche et du Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée nationale
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