75ème anniversaire du Conseil National de la Résistance - Lettre ouverte au Premier ministre

Publié le par André Chassaigne

 Monsieur le Premier Ministre,

 

 Le 27 mai 1943, se tenait la première réunion du Conseil National de la Résistance (CNR) sous la présidence de Jean Moulin.

 La France vivait alors ses heures les plus sombres sous le joug de l’occupant nazi. Malgré cette période de chaos, les responsables et militants, tout en œuvrant pour la libération de la Nation, avaient à cœur de construire un nouveau monde solidaire. Ainsi, ils ont co-élaboré le programme du CNR, instaurant une réelle solidarité entre les différentes classes socioprofessionnelles et intergénérationnelles. La mise en œuvre de ce programme ambitieux a notamment permis la création de la Sécurité Sociale, de nombreuses nationalisations d’entreprises dans différents secteurs et a donné de nouveaux droits aux salariés. Ce nouveau monde social a été longtemps loué et envié par les peuples étrangers. « Cet air de liberté au-delà des frontières, Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige, Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige », chanté par Jean Ferrat, a fait honneur à notre pays.

 Le Général, Charles de Gaulle, déclarait : « La France est résolue à des profondes transformations, elle veut faire en sorte que demain, la souveraineté nationale puisse s’exercer entièrement sans les pressions corruptrices d’aucune coalition d’intérêt privé ».

 75 ans après, force est de constater que les derniers gouvernements ont conduit des politiques diamétralement opposées aux visées des membres du CNR et du Général.

 Cette obstination est également la vôtre. Votre politique a détruit notre modèle social en asséchant les finances des caisses de protection sociale, par l’exonération des cotisations sociales à tour de bras, avec pour seul but le transfert de cette solidarité aux groupes financiers. Depuis votre accession au pouvoir, vous avez privatisé et dérégulé sans relâche, tout en malmenant notre système de santé publique, système auquel nos concitoyens sont pourtant si attachés.

 Cette période de crise sanitaire a montré les limites de votre politique libérale. Elle a aussi montré la vulnérabilité de la France. Les nombreuses pénuries de produits manufacturés à l’étranger, ont ainsi pu révéler notre dépendance, qu’elle soit sur des produits stratégiques ou de première nécessité.

 Indubitablement, la souveraineté nationale prônée par le Général de Gaulle se trouve aux antipodes du dogme économique poursuivi par votre gouvernement.

 L’heure appartient peut-être au changement : le lundi 13 avril, dans sa quatrième allocution, le Président de la République en a appelé au retour des « Jours Heureux », en référence à l'intitulé du programme du Conseil National de la Résistance.

 En ce jour d’anniversaire, je vous exhorte à prendre en compte les paroles présidentielles et à revoir votre politique, à la recentrer, à l’instar de la volonté des membres du CNR, sur les besoins de la population et non plus sur les seuls résultats boursiers. Il est temps de rebâtir la République sociale que nos glorieux prédécesseurs ont souhaité mettre en œuvre.

 Ainsi, le temps des promesses est désormais révolu, celui de l’action est devenu impérieux. Il est enfin temps d’œuvrer pour le peuple qui vous a élu et oublier les intérêts des privilégiés, tenants du grand capital. Votre nouveau monde promis ne doit pas être celui d’un nouveau retour en arrière !

 Je vous prie de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

  André Chassaigne

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
Le programme du CNR est admirable dans un contexte très difficile.
RESPECT ET HOMMAGE !
Prenons exemple. Solidarité, justice sociale tout y est. Oeuvre formidable et toujours d'actualité. Pas has been du tout !
Répondre
B
Le CNR a fait de très grandes choses dans un contexte difficile.
HOMMAGES ET RESPECT.
Son programe social n'est en aucune façon has been. Il prend en compte des valeurs de justice sociale,de
Répondre
M
77° Anniversaire du CNR

En ce 27 Mai 2020, nous fêtons le 77eme anniversaire du CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE qui OUVRAIT, lui LES JOURS HEUREUX... après la victoire sur les nazis
« Mettre définitivement l’homme à l’abri du besoin, en finir avec les angoisses du lendemain » disait alors Ambroise Croizat. Les mots esquissent les grandes réformes à venir qui fondent une République de citoyens où l’homme est acteur de sa propre destinée. En cette période où l’on nous parle beaucoup du « monde d’après », on ne résiste pas à la relecture d’un programme où s’affiche la volonté de rompre avec l’ancien monde : “Instaurer une véritable démocratie sociale impliquant l’éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l’économie… Droit d’accès aux fonctions de direction et d’administration pour les ouvriers et leur participation à la direction de l’économie...Retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des Cies d’assurances et des grandes banques… Droit au travail… Presse libre et indépendante…” L’audace au service d’un peuple avide de justice. La France de 1793 revisitée par ceux qui ont lutté, souffert, espéré. Le programme va inspirer toutes les grandes réformes des gouvernements de la Libération sous la maitrise d’œuvre des grands applicateurs tels les ministres ouvriers Ambroise Croizat, Marcel Paul, etc…: nationalisations, fonction publique, sécurité sociale, comités d’entreprises, retraites, statut des mineurs, des électriciens et gaziers…Un visage de dignité rendu possible par le rapport de force de l’époque : 5 millions d’adhérents à la CGT, 29 % des voix au PCF, une classe ouvrière grandie par sa résistance héroïque, un patronat sali par sa collaboration.
Aujourd’hui dans la 6° Puissance Économique Mondiale toutes ces conquêtes sociales arrachées au Patronat dans une France ruinée par 6 années de Guerre sont foulées au pied par un Gouvernement dont le but essentiel est d’enrichir encore d’avantage ceux qui en ont déjà trop.
Il est de notre devoir, pour la mémoire de tous ceux qui ont lutté jusqu’au bout, certains au péril de leur vie de s’opposer de toutes nos forces à cette Casse Sociale Généralisée.
En effet, des milliers d’ouvriers, paysans, cheminots, artisans, se sont battus pour la liberté. Pendant ce temps, la bourgeoisie (dont la plupart des Membres de ce Gouvernement est issue) se vautrait dans la collaboration et dénonçait les « héros ».
C’est pour cette raison que depuis 1946, notre Pays est devenu une République « sociale », c’est à dire avec ses droits sociaux, comme la sécurité sociale, la retraite par répartition ou les APL que ce Gouvernement foule au pied.
Le Gouvernement en place n’incarne pas la France et ces « héros », il incarne pour toujours cette bourgeoisie REVANCHARDE...
Ci-joint copie de la lettre écrite par mon Grand-père au lendemain de sa libération le 31 mai 1944 racontant les tortures subies. Une phrase reste pour toujours gravée dans ma mémoire : « Aucun mot ne sort de ma bouche, il est de mon devoir de soldat sans uniforme de ne pas trahir mes camarades pour la continuation de la lutte.. » Tout est dit...Merci à eux...
Répondre