Alerte rouge sur les trains interrégionaux

Publié le par André Chassaigne

 

 L’avant-projet de loi de décentralisation, annoncé comme l’acte III, devait marquer l’ambition du Gouvernement pour une nouvelle dynamique territoriale. Son contenu, dévoilé il y a quelques jours, est une véritable bombe à retardement pour l’égalité d’accès des usagers au service public ferroviaire sur tous les territoires.

 En effet, pour ne prendre qu’un exemple, si l’on analyse ce qui est inscrit dans son article 30, l’Etat, lié par convention à la SNCF comme gestionnaire des lignes ferroviaires dites d’équilibre du territoire, abandonnerait 29 des 38 liaisons existantes, pour les confier aux régions. L’article précise ainsi que ne seraient plus considérées « d’intérêt national » que les lignes reliant deux villes (pas agglomérations !) de plus de 100 000 habitants au travers de régions non-contiguës.

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 Avec l’Association Nationale des Elus Communistes et Républicains, nous avons rapidement pu dresser la cartographie d’un tel abandon, en présentant à la presse, le 19 décembre, toute l’étendue et la gravité d’un tel projet. Ce seraient 100 000 voyageurs au quotidien qui seraient concernés, 300 trains de jour, desservant 367 villes dans 21 régions ! Ainsi, un habitant de Montluçon dans l’Allier pourrait être privé de train vers Paris, un Nantais d’un trajet en direction de Quimper, un Havrais d’un aller vers Paris…

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 Alors que ces lignes servent pour beaucoup de nos concitoyens à effectuer leur trajet domicile-travail, le transfert aux régions, déjà asphyxiées financièrement, constitue une véritable provocation. C’est toute une politique d’aménagement équilibrée des territoires qui est remise en cause, avec en ligne de mire l’ouverture du trafic voyageurs au privé. Car cette attaque soudaine contre ces lignes répond directement aux attentes européennes en matière de libéralisation du trafic ferroviaire, voir même au remplacement du train par l’autocar. C’est un appel du pied au secteur privé pour venir prendre des parts de marché, et un moyen de pousser les régions à faire jouer la concurrence avec des fonds publics. Vouloir défaire ainsi l’unicité du réseau ferroviaire français, et de ses tarifs, c’est aussi accepter le creusement des inégalités entre régions riches et régions pauvres. Et abandonner toute volonté de rééquilibrer le rail face à au transport routier dont on connaît tous les impacts environnementaux.

 Ce texte devant être présenté devant les parlementaires en février prochain, il faut dès maintenant pouvoir mobiliser sur cet enjeu d’équilibre essentiel pour nos territoires. Tous les relais attachés à un juste aménagement du territoire et à un vrai service public de transports doivent se saisir des conséquences de ces propositions. Cheminots, usagers, élus locaux… un tel projet ne doit pas passer. L’avenir de notre pays passe au contraire par un accès aux transports en commun durables pour tous les citoyens ; l’avenir industriel par une relance de l’investissement sur les matériels et les réseaux ferroviaires avec de nouveaux moyens affectés.

 « Le train, l'automobile du pauvre. Il ne lui manque que de pouvoir aller partout. », disait Jules Renard. Des mots qu’un Gouvernement de gauche devrait méditer.


 Chronique publiée dans le journal La Terre.

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