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Le blog d'André Chassaigne

Député du Puy-de-Dôme - Président du groupe Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée Nationale

Les commentaires rétrécis n'arrêteront pas la mobilisation populaire !

 

 Depuis l’immense mobilisation de mardi 12 octobre, avec le début du mouvement étudiant et lycéen, et la pression populaire maintenue samedi dernier, de très nombreuses personnes rencontrées m’interrogent sur le traitement par les médias de ce mouvement. La préoccupation n’est pas anodine. Je leur réponds que ce qui est révélateur dans le mouvement social en cours, c’est de voir les médias de droite, en enfilade des porte-parole du Gouvernement ou, encore dimanche soir, François Fillon sur TF1, chercher à se rassurer… Quitte à encore une fois avoir tout faux. Le Président de la République a même donné de la voix hier pour dire qu’il ne reviendrait pas en arrière, confirmant sa volonté de casser le pacte républicain en accentuant sa politique de dé-civilisation.


Ainsi, nous entendons la même petite musique depuis une semaine :

- Certains leaders syndicaux rêveraient en secret que le mouvement social s’arrête, car au fond d’eux-mêmes, ils sauraient que la réforme du gouvernement est juste. Leur seul objectif serait de troquer quelque chose en échange de l’arrêt des grèves - un repas au Fouquet’s ? - et de gérer leur base militante qui ne comprendrait rien à l’intelligence profonde du gouvernement et au caractère fondamentalement juste de sa réforme.

- Les jeunes seraient à ce point « jeunes », qu’ils en seraient devenus totalement inconscients, et perméables à toutes les manipulations politiques. Et leur avenir serait objectivement assuré par la réforme présente, dont ils ignoreraient les vertus pour leurs retraites futures et les 400 000 jeunes aujourd’hui à la recherche d’un emploi.


 Le pire de ces commentaires, c’est qu’ils sont dits avec tellement d’assurance sur toutes les ondes et les chaînes de télévision qu’ils passeraient presque pour vérité établie ; aussi sûr que 2 et 2 font 4. La « substentifique moëlle » de ces commentaires, c’est tout ce qu’ils sous-tendent des refoulés idéologiques de la droite, qui reviennent à chaque fois qu’elle se trouve en grande difficulté :

- Pour ces gens-là, l’intelligence est forcément de leur côté. Les salariés, les ouvriers, les employés, les profs, les paysans, les chômeurs et les jeunes ne sont bons qu’à descendre et contester dans la rue, ou à faire brûler quelques palettes sur un piquet de grève. C’est bien parce qu’ils ne comprennent rien à la marche du monde qu’il faut faire de la pédagogie avec eux : hier sur le projet de constitution européenne, aujourd’hui sur les retraites. C’est bien aussi parce que ces gens sont issus du peuple qu’ils sont turbulents et râleurs. Selon eux, il serait préférable pour la France que chacun reste à sa place : les ouvriers devant leur poste de travail, les chômeurs au Pôle Emploi, les paysans sur leurs tracteurs, les jeunes sagement dans leurs classes… et les « élites » dans la cabine de pilotage.

- Pour ces gens-là, les logiques libérales sont comme les lois de la physique : naturelles. De la même façon qu’il serait absurde de faire grève contre la loi de la gravité, il est grotesque de manifester contre une réforme qui se contente de respecter les lois économiques de la « responsabilité » budgétaire.

Devant un tel déferlement d’idéologie et de bonne conscience bourgeoise, il est temps de notre côté de proposer une autre vision du monde, un monde où chacune et chacun reprendrait sa vie, son avenir en main.


 Ainsi, messieurs les éditorialistes, dans les syndicats français ce n’est jamais la direction qui décrète la grève générale ; ce sont les salariés dans les entreprises, les personnels dans leurs services qui en décident (ou pas), en prenant en compte les risques et les avantages d’une telle décision. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment.


 Ainsi, messieurs les analystes du petit écran, dans notre conception du monde, l’intelligence n’est pas une denrée rare et exclusive : elle est partout et ne demande qu’à s’exprimer. Le pouvoir n’est pas réservé à ceux qui savent : il se partage. Nos revendications ne sont pas des bêtises d’adolescents attardés : elles sont la traduction d’une volonté de vie meilleure et de la possibilité du changement. La démocratie n’est pas confiée au « bon-pouvoir » de quelques-uns par héritage : elle se construit avec le peuple tout entier.


 La gauche n’est pas le versant sympa et philanthrope de l’« élite », quand la droite en serait le versant brutal et égoïste. Elle est bien autre chose : elle incarne cette idée qu’il convient de se battre et de gagner toujours ensemble plus de droits, de pouvoirs et de moyens, d’être maîtres de nos vies et de notre avenir. C’est du moins la conception que j’en ai et que j’essaie de faire vivre au quotidien de mon activité.


 D’une petite sous-préfecture, comme à Ambert dans la circonscription dont je suis le député, jusqu’aux interminables cortèges parisiens, je vois dans toute la France, derrière la colère montante, une véritable soif de changement. Je mesure la prise de conscience qui s’affûte et s’aiguise chaque jour au contact des autres. Les unes après les autres, les répliques gouvernementales sont déconstruites et contredites par l’intelligence collective d’un mouvement qui ne cesse d’agglomérer les expériences citoyennes.


 Je suis sûr que nous ressentons tous une forme de fierté retrouvée devant l’enthousiasme et la détermination grandissants de nos collègues, de nos amis et de nos proches. J’ai le sentiment, action après action, manifestation après manifestation, que la crainte et la peur changent de camp, et que la fin de l’injustice se rapproche.


 C’est aux côtés de cette force en mouvement que je suis à nouveau aujourd’hui et lors des prochaines manifestations. Après tout, loin des commentateurs réactionnaires, c’est là que s’écrit notre histoire et notre avenir à tous !

 

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À propos

André Chassaigne

Député du Puy-de-Dôme, Président des Députés du Front de Gauche et du Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée nationale
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pierre simonet 25/10/2010 17:36


Bonjour,
J'ai lu votre livre et je dois avouer que je suis déçu. j'attendais une position plus novatrice. Bien sur au début de l'ouvrage il y a l'expression d'une vision laissant le productivisme pour le
passé et également la remise en cause de la croissance surtout du type néolibérale. Vous évoquez souvent les divers lobbying qui influent sur notre vie démocratique. Mais vous-même, n'êtes vous pas
sous l'emprise de deux lobbying anciens et puissant au sein de la CGT et du parti, je veux parler de la fédération des cheminots et de celle de l'énergie à travers la défunte EDF? Par exemple vous
évoquez largement le ferroviaire et quasi pas le fluvial qui bien sur n'est pas dans la fonction publique. Pour le nucléaire, vous n'évoquez pas le budget recherche pour ce secteur en comparaison
des budgets infimes consacrés aux énergies renouvelables. Exemple l'Hydrolien qui peine à trouver les fonds pour mener à bien les expérimentations alors que nos rivages marins sont riches de
courants et marées. pour le nucléaire, vous n'évoquez pas les budgets gigantesques qui finissent dans les poches des groupes du BTP y compris les éternels travaux supplémentaires qui font exploser
les estimations initiales.
Suit un long exposé de vos diverses interventions dont on peut trouver l'essentiel sur votre site de député ou sur le site de "communisme et écologie". La démarche de la ville d'Ivry n'a rien
d'exeptionnelle, d'autres communes sont dans la même réflexion à diverses échelles.
Voilà quelques remarques suite à la lecture de votre livre qui a le mérite d'exister, mais n'ouvre pas de perspectives très novatrices.
cordialement
Pierre Simonet


Alain2nantes 20/10/2010 12:46


Résister à yzokraS c'est en effet résister à une classe sociale dominante qui prétend avoir tout avec son fric y compris la "légitimité républicaine"...Mais le viol du "CONTRAT SOCIAL", et
l'utilisation politicienne d'une "majorité" non représentative car issue d'une perversion du suffrage universel, ce sont des crimes contre la république, auxquels conviendra le jugement populaire:
déjà les sondages avertissent "le prince" qu'il est déchu dans les coeurs, mais s'il méprise cet "avis de tempête", personne dans les pourritures politiques qui s'alignent derrière lui, personne
absolument ne viendra le repêcher , sauf un paradis fiscal préparé par ses "vrais" amis: les commanditaires de cette entreprise de sabotage de la république: ceux qui baignent déjà dans le scandale
du hold-up-chantage à "la crise financière", et qui ont obtenu du "prince" plusieurs douzaines de paquets de milliards d'euros de fonds publics extorqués au peuple.

un yacht de luxe attend ses passagers orduriers dans le mauvais goût qu'ils adorent: mais ce sont des morts vivants, du point de vue de l'humanité.


La chansons des blés d'or . 20/10/2010 12:28


Interdire les délocalisations,expulser les "bons" français qui travaillent en France et paient leurs impôts en Suisse ou ailleurs,condamnés le MEDEF qui délocalise après avoir touché des aides de
l'état,pour haute trahison!Il faut savoir aussi qu'un produit fabriqué en Inde et vendu en France génère un bénéfice de +++...1400/100.Chercher la magouille!!!


Roland C-Merkeiev 19/10/2010 23:54


""Ainsi, messieurs les éditorialistes, dans les syndicats français ce n’est jamais la direction qui décrète la grève générale ; ce sont les salariés dans les entreprises, les personnels dans leurs
services qui en décident (ou pas), en pren...ant en compte les risques et les avantages d’une telle décision. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment.
""
Pour avoir vu à l'oeuvre certains délégués syndicaux, et avoir constaté les nombreuses inventions qu'ils font pour faire pression sur les collègues, je peux m'inscrire en faux contre cette
affirmation. Les "jaunes", c'est bien comme ça que sont appelés avec quelque mépris ceux qui ne veulent pas suivre la "recommandation" syndicale, n'est-ce pas ? Le mépris pour les non-grévistes,
plus les diverses humilitations qu'ils auront à subir de la part des très protégés délégués par la suite, ce n'est pas une façon de forcer la main par hasard ?

Pour le reste, les manières brutales de M. Sarkozy mériteraient effectivement qu'il réfléchisse plutôt aux moyens de juguler les innombrables fuites de ressources avant de s'en prendre aux
retraites. Il a de quoi faire.


La chansons des blés d'or . 19/10/2010 18:18


Mais où sont passés les agriculteurs avec leurs tracteurs,leurs grandes gueules,leurs casseurs et l'argent du beurre (Primes)