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  • André Chassaigne
  • Député du Puy-de-Dôme, Président des Députés du Front de Gauche et du Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée nationale
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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 08:22

 Le projet de loi relatif à la consommation, qui arrive en débat fin juin à l’Assemblée nationale, aborde une nouvelle fois le sujet de l’extension aux productions manufacturées des indications géographiques (IGP), que l’on connaît pour les produits alimentaires. Il s’agit à la fois d’un sujet qui touche à la protection et à la valorisation de nos productions nationales, mais aussi à l’information des consommateurs sur la qualité et l’origine des produits qu’ils achètent. Des milliers d’artisans et d’industriels sont concernés : leur savoir-faire et les produits qu’ils fabriquent font partie intégrante de notre patrimoine culturel.

 Depuis 2011, les députés ont beaucoup échangé sur les contours et la faisabilité de l’extension de ces IGP. Nos débats ont aussi porté sur la question de l’utilisation des noms des collectivités à des fins commerciales. Les médias ont alimenté le sujet avec des raccourcis ne prenant pas en compte l’intégralité des situations et des difficultés, notamment juridiques, posées par l’extension. L’objectif d’une meilleure protection et d’une plus grande reconnaissance des savoir-faire risque ainsi de dériver vers une « patrimonialisation » excessive, jouant sur l’affectif, à des fins de concurrence déloyale.

 J’ai souvent repris l’exemple de la coutellerie thiernoise, et du fameux couteau laguiole, pour illustrer la nécessité de travailler ce sujet avec honnêteté et efficacité. Ainsi, relayant la commune de Laguiole dans son lobbying intense pour « retrouver son nom », les communicants omettent de préciser que l’appellation laguiole, très ancienne, se décline en de nombreuses marques. Et ce n’est pas à Laguiole, mais à Thiers que la première a été déposée en 1868 ! Comme des dizaines d’autres couteaux portant un nom de ville ou de région, le laguiole s’est en effet développé dans la capitale de la coutellerie française. C’est seulement depuis 1985 que s’est stabilisée une fabrication pérenne au village de Laguiole, à la suite de l’achat d’une forge à Thiers. Si l’origine du couteau emblématique peut effectivement être attribuée au village de Laguiole, cette localité ne fabriquait plus de couteaux depuis longtemps ! Aujourd’hui, 400 salariés du bassin coutelier de Thiers travaillent encore pour cette production. Le laguiole français est fabriqué à 80 % à Thiers. C’est dire l’inquiétude des artisans et des PME du bassin thiernois face au déficit commercial que représenterait pour eux une « IGP Laguiole », qui se limiterait à la commune de Laguiole.

 L’extension des IGP aux produits manufacturés doit d’abord garantir un cadre précis et favorable au « made in France » pour toutes nos productions de qualité. Elle ne peut cependant constituer la seule réponse, alors que le marquage d’origine n’est pas obligatoire en Europe. Depuis des années, j’accompagne la démarche des professionnels des arts de la table pour obtenir des instances européennes un tel marquage. Il faut d’abord savoir si un laguiole est produit au Pakistan, en Chine, ou en France, dans sa zone géographique historique, constituée des bassins de production de Thiers et, désormais aussi, de Laguiole.

 Valoriser l’origine des produits non alimentaires par l’attribution d’une dénomination liée à l’origine géographique doit bien entendu permettre de renforcer l’industrie et l’artisanat de nos régions. L’objectif n’est évidemment pas d’affaiblir un bassin de production au profit d’un autre ! Avant tout, il s’agit de s’inscrire dans une logique de protection face à une concurrence mondiale souvent déloyale, faite de dumping social, fiscal, ou environnemental.

 

 

Chronique publiée dans le journal La Terre

 

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Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
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