Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Profil

  • André Chassaigne
  • Député du Puy-de-Dôme, Président des Députés du Front de Gauche et du Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée nationale
  • Député du Puy-de-Dôme, Président des Députés du Front de Gauche et du Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée nationale

Recherche

Le site Internet du député

SiteAndreChassaigne.PNG

Retrouvez toutes les interventions à

l'Assemblée nationale sur le site Internet.

Facebook

Dailymotion

Livre

Terrecommune

6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 11:16

 En revenant une nouvelle fois dans cette chronique sur les conséquences du projet de réforme territoriale, mon souhait est avant tout de maintenir une vraie réflexion sur les conséquences à venir de choix politiques qui défigureraient durablement notre pays. Car, faut-il le répéter, cette réforme s’inscrit d’abord dans une volonté de façonner la République pour la rendre compatible avec les projets libéraux d’une Europe des régions, d’une Europe fédérale aux nations morcelées. Ces orientations sont lourdes de dangers. Elles dépassent largement les politiques de décentralisation menées depuis 1982. Avec cette réforme, c’est ni plus ni moins que la fin de la démocratie locale, par l’éloignement des élus et des centres de décisions des citoyens. Alors que nous ressentons dans nos rencontres avec la population un besoin grandissant de proximité et de rapprochement des élus et des citoyens, le redécoupage des régions et la suppression des départements accentueront le sentiment d’abandon dans les territoires.

 Cette réforme, présentée comme une nouvelle étape de la décentralisation, cache aussi, en réalité, une recentralisation des pouvoirs, qui seront articulés autour de treize grandes régions et quelques grandes métropoles, conformément, une fois encore, aux politiques libérales de l’Europe actuelle. En cisaillant de la sorte nos régions, ce sont des pans entiers de nos territoires qui seront délaissés pour favoriser les zones les plus riches sur le plan économique. La nouvelle carte territoriale qui se dessine suscite en nous une inquiétude très grande. L’essentiel des richesses – entreprises, universités, centres de recherches – sera concentré au cœur des métropoles et soutenu par la puissance publique régionale. Les entreprises s’y livreront une compétition sans merci, tandis que nos territoires ruraux seront progressivement délaissés et voués aux reculs économiques et sociaux.

 L’argument du mille-feuille territorial auquel prétend s’attaquer le Gouvernement, argument martelé sur toutes les ondes, n’est qu’un alibi pour confisquer les pouvoirs locaux et éloigner les centres de décision de nos concitoyens. Pour la première fois, le Président de la République s’est fixé pour but la disparition des communes en déclarant : « L’intercommunalité deviendra la structure de proximité et d’efficacité de l’action locale. » À terme, un autre échelon essentiel des institutions républicaines, le conseil général, sera aussi supprimé. Dans un premier temps, il est appelé à être vidé de ses compétences. C’est pourtant l’indispensable échelon intermédiaire de proximité, incontournable pour faciliter et porter des logiques de projet sur la base d’une connaissance fine de son territoire, par le maillage que ses services ont construit et par l’ancrage de ses élus sur le terrain.

 Au regard de l’ampleur de ce séisme institutionnel, le pire serait de renoncer à imposer un véritable débat public dans le pays. « Pas de changement de nos institutions démocratiques sans démocratie ! » C’est l’appel que relaie notamment l’Association nationale des élus communistes et républicains. C’est cet appel à engager enfin le débat public qu’il nous faut renouveler dans les semaines et mois qui viennent pour faire reculer le Gouvernement dans son passage en force.

 


 

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article
19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 08:55

 L’adoption début juillet, en deuxième lecture du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt aura permis de mettre en évidence les contradictions évidentes entre le changement de cap agricole, qui constitue l’orientation fondamentale de ce projet de loi, et les choix libéraux européens désastreux pour nos agriculteurs.

 En appuyant mon propos sur ceux d’Olivier de Schutter, le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, qui ne cesse de défendre le virage de l’agroécologie pour répondre aux enjeux alimentaires de notre siècle, j’ai ainsi salué le choix du Ministre de l’Agriculture de placer au cœur de son projet de loi l’ambition de l’agroécologie. Car comme l’exprime Olivier de Schutter « l’agriculture conventionnelle accélère le changement climatique, repose sur des intrants coûteux et n’est pas résiliente aux chocs climatiques. Elle n’est tout simplement plus le meilleur choix pour l’avenir ». S’il précise que « l’approche gagne aussi du terrain dans les pays développés comme les États-Unis, l’Allemagne ou la France », il explique qu’ « en dépit de son incroyable potentiel dans la réalisation du droit à l’alimentation, l’agroécologie est encore insuffisamment soutenue par des politiques publiques ambitieuses, et peine donc encore à dépasser le stade expérimental. »

 Oui, grâce au renouveau des travaux agronomiques, nous savons aujourd’hui que l’agroécologie – comme l’agriculture écologiquement intensive –, qui applique la science écologique à la conception de systèmes agricoles, est la mieux capable de répondre aux défis climatiques, alimentaires et au développement de l’emploi rural. J’ajouterai que cette approche, qui améliore la productivité des sols et protège les cultures en s’appuyant sur l’environnement naturel et les interactions entre espèces, est sans doute la véritable garantie d’une agriculture durable. Encore faut-il s’en convaincre, et, tant qu’il est encore temps, ne pas traîner des pieds et manquer le train du changement de paradigme !

 Mais au regard de l’engagement vertueux de ce projet de loi, comment interpréter les choix totalement contradictoires de la Commission européenne, qui entend brader la politique agricole commune sur l’autel du libre-échange ?

 Car, au premier rang des menaces qui contredisent la volonté politique française, figurent les accords de libre échange. Ils se multiplient et font, une nouvelle fois, de l’agriculture une simple variable d’ajustement du commerce international. Je fais référence, bien entendu, au projet d’accord transatlantique, mais aussi aux projets d’accords, moins connus, avec le Canada et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela)… dont les négociations sont malheureusement soutenues par la France !

 Guidés par le seul approfondissement de la doctrine libérale, imposée au secteur agricole comme aux autres secteurs de notre économie, ces accords peuvent se transformer en véritable cataclysme pour nos filières agricoles. Je pense tout particulièrement, en disant cela, à nos filières d’élevage de grande qualité, qui ont une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête. Non seulement elles seront mises en concurrence directe avec les productions américaines, canadiennes ou sud-américaines, mais elles ne bénéficieront plus d’aucune régulation des prix et des volumes au niveau européen. Alors, agroécologie ou libre-échange ? Les deux ne sont pas compatibles. Et il faut savoir choisir.

 


 

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article
8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 09:14

 A chaque séjour à Cuba, la première question qui revient est toujours la même : comment ce peuple fier et courageux parvient-il à résister au blocus américain qui tente d’asphyxier le pays depuis plus d’un demi-siècle ? Mis en place en 1962, renforcé en 1992 par la loi Torricelli, puis en 1996 par la loi Helms-Burto, il s’est durci sous l’administration Obama, le bureau du Trésor américain imposant des amendes élevées aux entreprises internationales, notamment les banques, travaillant avec Cuba. La sanction de 8,9 milliards de dollars prise à l’encontre de la BNP Paribas en est un exemple édifiant. Pourtant, depuis 1991, les Nations Unies condamnent cet embargo à l’occasion de chaque Assemblée Générale (à l’unanimité en 2013, moins deux voix : celles des Etats-Unis et d’Israël).

 Le maintien du blocus est d’autant plus scandaleux qu’il a une application extraterritoriale et ne concerne donc pas les seules entreprises américaines. L’interdiction de commercer avec Cuba et d’investir sur le sol cubain concerne toute entreprise qui comprend plus de 10 % de technologie américaine. Il interdit aussi toute activité financière sur le sol cubain aux banques effectuant par ailleurs des transactions en dollars. Le cynisme du blocus va jusqu’à la caricature : ainsi, l’Ambassade de Cuba à Paris a été privée plusieurs années d’ascenseurs et a dû faire appel à un installateur chinois, toutes les entreprises européennes d’ascenseurs étant soumises à l’embargo !

 Plus grave encore, le rachat de l’entreprise française Alstom par l’américain Général Electric aura des conséquences immédiates d’une extrême gravité pour l’économie et le peuple cubains. Alstom assure en effet en exclusivité la maintenance, avec fourniture de pièces de rechange, d’une centrale thermo-électrique qui fournit plus de 10 % de l’électricité cubaine, dont la quasi-totalité de la consommation domestique de La Havane. Toute solution de rechange est d’ores et déjà bloquée par le repreneur américain d’Alstom.

 Après la « période spéciale » des années 1990, faisant suite à la chute du bloc socialiste, qui a entraîné une baisse de 35 % de son PIB, Cuba avait pu redresser de façon remarquable une situation catastrophique avec l’aide du Venezuela et la solidarité des pays progressistes d’Amérique Latine. Mais trois ouragans dévastateurs ont provoqué des pertes estimées à 10 milliards de dollars, dont elle se remet difficilement. La crise financière internationale s’est aussi fait sentir avec la chute des cours du nickel et la baisse des recettes du secteur touristique. Aujourd’hui, les graves difficultés de solvabilité et de liquidités provoquées par le blocus entravent la reprise économique.

 Président du groupe d’amitié France-Cuba de l’Assemblée nationale, c’est donc très solennellement que je lance un appel à tous les progressistes de notre pays, à tous les amis du peuple cubain, pour qu’ils donnent un élan nouveau aux actions de solidarité et de coopération. Notre pays se doit aussi d’intensifier les relations économiques bilatérales par le développement de projets industriels et touristiques. Les gestes récents du gouvernement français, avec la visite de Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du développement international, puis de Fleur Pellerin, Secrétaire d’Etat chargée du Commerce extérieur et de la promotion du Tourisme, doivent trouver un prolongement concret. Que notre mobilisation soit à la hauteur des enjeux !

salon-noslen-ocana-cuba

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article
27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 07:59

 Malgré les cinglantes défaites électorales des élections municipales et européennes, le Président de la République et son gouvernement s’obstinent à poursuivre et à amplifier l’austérité. De la réforme ferroviaire au charcutage territorial en passant par la remise en cause de l’indemnisation des intermittents du spectacle, le gouvernement est dans une fuite en avant devant les forces de l’argent. Sa soumission à la politique de restriction des dépenses publiques, dictée par la commission de Bruxelles, affaiblit un peu plus chaque jour ces boucliers sociaux que sont nos services publics, notre droit du travail et notre protection sociale.

 Le refus du dialogue et l’autoritarisme, à l’égard des cheminots et des intermittents du spectacle, sont malheureusement les seuls arguments du Premier ministre et de son Gouvernement. Comment un gouvernement de gauche peut-il se couper des réalités, au point d’oublier qu’une grève n’est jamais déclenchée pour le plaisir de nuire. Celle des cheminots visait précisément à défendre et à améliorer le service public ferroviaire. Cette politique de renoncement alimente le désenchantement et continue d’éloigner les Français de la chose publique. Comment comprendre que l’interprétation de ces résultats par François Hollande se soit matérialisée par une accentuation de la politique d’austérité à l’opposé du message des urnes ?

 Ainsi, d’ici 2017, 50 milliards supplémentaires devraient être ponctionnés dans le porte-monnaie des salariés et des retraités pour financer de nouveaux cadeaux fiscaux aux entreprises. Avec le seul pacte de responsabilité, 30 milliards sont offerts aux grands groupes… 30 milliards soustraits au financement des besoins populaires dont l’essentiel servira à augmenter les dividendes des actionnaires. Telle est l’implacable vérité des choix gouvernementaux. Quant aux 11 milliards d’euros supplémentaires ponctionnés aux collectivités, auxquels s’ajoute la fusion précipitée des régions, dont le but essentiel est de concentrer les richesses produites au cœur des métropoles et au détriment des espaces ruraux, ce sont de nouvelles décisions qui s’inscrivent dans la même logique d’adaptation de notre territoire aux exigences de l’Europe de la finance. 

 Devant cette fuite en avant, mortifère pour la gauche dans son ensemble, l’exigence de rassembler sur d’autres contenus doit prendre de l’ampleur et de la consistance. La démarche engagée par certains parlementaires socialistes, comme écologistes, qui ne se reconnaissent plus dans la politique gouvernementale est un premier pas. Comme nous l’avons toujours fait depuis 2012, les députés communistes et du Front de Gauche sont disposés à concrétiser une ligne de gauche, par un travail commun pour construire une issue nouvelle. Nous sommes prêts à créer les conditions d’un dialogue pour faire grandir la perspective d’alternatives aux politiques d’austérité.

 Mais cette construction commune, ne doit surtout pas se limiter pas au Parlement ou aux responsables nationaux des partis et organisations de gauche. Un dialogue doit être initié aussi au plan local, entre militants des différentes organisations et avec le peuple de gauche. Que cette démarche irrigue les territoires ! En étant la force d’animation du travail de rassemblement et un espace d’investissement citoyen, le Front de gauche doit recouvrer son ambition initiale, servir de moteur à la constitution d’un véritable front du peuple.

 

Chronique publiée dans le journal La Terre

 

Terre9.JPG

 

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article
16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 07:14

 Le gouvernement avait affiché, dès l’automne 2012, sa volonté de réformer le système ferroviaire national, d’en restaurer la viabilité économique et de mettre un terme aux effets désastreux de la séparation intervenue en 1997 entre SNCF et RFF. Le constat des dysfonctionnements et de la dégradation du service rendu aux usagers a mis en relief l’urgence et la pertinence de rétablir un service public réunifié. Mais si le projet de loi discuté cette semaine a bien l’ambition d’un service public renforcé, mieux piloté par l'État et sous le contrôle de la nation, il n’a pas répondu à l’objectif partagé du grand service public ferroviaire dont notre pays a besoin. Rejetant la création d’une entreprise totalement intégrée, unique, sous le label SNCF, la grande réforme ferroviaire attendue par les usagers et les cheminots se limite à une reconfiguration qui ne règle pas la question de la scission entre deux entités. Si cette réorganisation peut satisfaire Bruxelles, je suis persuadé qu’elle ne permettra pas de résoudre les difficultés que chacun constate. La lutte des cheminots n’a donc rien de corporatiste. Elle est au contraire marquée par la défense de l’intérêt général.

 D’autant plus que le projet de loi ne prend pas en compte un point essentiel : le remboursement de la dette du système ferroviaire, dont le montant dépasse les 40 milliards d’euros. Faute de nouveaux moyens de financement, la SNCF devra rechercher en interne des économies sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail, mais aussi en matière de financement de la rénovation de l’infrastructure et de développement du réseau.

 Il est certes indispensable que notre pays légifère avant le quatrième « paquet ferroviaire » européen. Mais cette réforme doit traduire la volonté politique de s’extraire du carcan programmé de l’ouverture à la concurrence. Il est frappant à cet égard de constater que rien n’a été proposé en matière de développement du Fret ferroviaire afin de remédier aux conséquences désastreux d’une mise en concurrence contraire à l’intérêt général. Le nombre de tonnes de marchandise transporté par le fer a été divisé par deux en dix ans, la part du ferroviaire est passée de 17 % à 9,6 % tandis que celle de la route atteint aujourd’hui 83.6 %, avec toutes les nuisances sociales et environnementales que cela induit. Il est impératif de corriger ces évolutions, de relancer le fret, de développer le report modal, de ne pas permettre non plus que le transport de voyageurs suive les mêmes évolutions. Le recul des trafics est déjà une réalité, non seulement dans le fret mais désormais aussi dans les services voyageurs. Alors qu’il affiche l’ambition d’assurer l’avenir du service public ferroviaire, comment le projet de loi peut-il rester silencieux sur ces sujets ?

 Les députés du Front de gauche partagent le souhait des cheminots de rebâtir un service public efficace, qui puisse reposer sur un financement adapté, sans le recours aux externalisations et à la sous-traitance. Nous sommes animés de la même volonté : faire du transport ferroviaire un grand service public à même de répondre aux besoins des populations et de relever les défis sociaux et environnementaux de demain. C’est le sens de la lettre des cheminots. C’est aussi le sens de notre engagement dans ce débat parlementaire pour répondre aux objectifs affichés.

 

sncf.jpg

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article
3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 09:01

fralib_elephant.jpg

 De cette fin mai 2014, les peurs qui naissent d’un résultat électoral dangereux ne doivent pas servir à éclipser les luttes victorieuses engagées par les salariés. Deux de ces combats du quotidien, celui des salariés de Fralib - Thé l’Elephant dans les Bouches du Rhône, et celui des Pilpa dans l’Aude, viennent en effet d’aboutir à de vraies solutions productives, innovantes et garantes du maintien de nombreux emplois. Faut-il y voir un simple clin d’œil à l’histoire ou un exemple à suivre, riche d’enseignement politique ?

 Je pencherai naturellement vers la deuxième solution. Car, dans les deux cas, malgré des situations bien différentes, nous retrouvons les mêmes ingrédients. Celui d’actionnaires qui sont prêts à sacrifier l’outil industriel et ses salariés du jour au lendemain, pour poursuivre ailleurs leurs politiques de rentabilité. Celui d’une implantation syndicale forte dans ces entreprises, en lien avec leur Fédération nationale (FNAF CGT), grâce à laquelle des salariés font le choix de ne pas se laisser enfermer dans le seul jeu de l’abandon d’activité et de l’indemnisation pour perte d’emploi.

Pilpa.jpg

 Pour les Pilpa de l’Aude, la création d’une société coopérative ouvrière de production (SCOP), commercialisant désormais les glaces « La Belle Aude », concrétise deux années de lutte. Le million d’euros arraché au fonds d’investissement propriétaire de l’entreprise permet, aux côtés de l’engagement personnel des salariés, de l’engagement bancaire et des collectivités de redonner un nouveau départ à un outil agroalimentaire, avec 19 salariés et des crèmes glacées de qualité.

 Pour les Fralib de Gémenos, le combat contre la multinationale Unilever aura été encore plus long et intense. 1136 jours de « lutte des classes » jusqu’à ce 27 mai 2014, « jour anniversaire du Conseil national de la Résistance » comme le soulignait le secrétaire CGT du comité d’entreprise, pour parvenir à faire céder Unilever sur la base de l’exigence des salariés. Derrière cette victoire, il y a bien sûr des chiffres : 19,2 millions d’euros cédés par le géant Unilever pour le maintien et le renouveau de l’outil de production et 76 salariés maintenus dans l’emploi avec la création de la SCOP TI. Mais il y a aussi cette fierté de ne pas laisser aux seuls financiers le rôle de maîtrise de l’économie productive.

 Dans ces deux victoires, il est maintenant un élément qui sera déterminant pour le développement de leurs outils industriels. Celui de la présence et du maintien de leur production française sur les étals de la grande distribution. Cela dépend bien entendu de leur capacité à convaincre de la qualité de leurs produits pour les consommateurs. Mais ici, le rôle de la puissance publique doit aussi s’exercer à plein. Car nos géants de la distribution encaissent à nouveau des bénéfices nets record pour leurs actionnaires : 767 millions d’euros pour Auchan et 1,26 milliards d’euros pour Carrefour en 2013, pour ne citer que ces deux exemples ! Le partage du gâteau captif des consommateurs entre ces mastodontes de la distribution doit laisser de la place à ceux qui luttent et défendent la production française et les productions de qualité. Il faut maintenant en faire une exigence incontournable de la part des ministres de l’Agroalimentaire et du Redressement productif. Faisons-en aussi une grande bataille citoyenne des consom’acteurs que nous devons être !

 

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article
28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 08:40

 Le résultat des élections européennes de ce 25 mai 2014 marque un bouleversement majeur dans la culture politique et sociale de notre pays. C’est une nouvelle étape du glissement idéologique d’une partie importante des classes populaires vers les valeurs de repli, de renoncement et de stigmatisation. En rassemblant plus d’un quart des votes, le Front national est, scrutin après scrutin, de plus en plus à même de renforcer l’emprise sur les consciences de ses idées de haine, de rejet de l’autre, de remise en cause des droits sociaux et humains et de ses raccourcis économiques. Certes, il construit ses fondements sur les brèches ouvertes par 10 années de droite au pouvoir. Mais surtout, ses idées prospèrent sur le nouveau socle d’une majorité socialiste, faisant du renoncement social et de la conversion définitive au néolibéralisme l’orientation principale de sa politique.

 Bien entendu, on ne peut analyser sereinement cette déflagration sans faire référence au niveau d’abstention pour cette élection ou, une nouvelle fois, plus de la moitié du corps électoral ne s’est pas déplacé. Cette abstention choisie, en pleine connaissance du risque d’un score historique de l’extrême-droite, redouble l’effet politique de ce scrutin. Une majorité de Françaises et de Français n’en peuvent plus de voir leur situation personnelle, celle de leur pays, se dégrader, tandis que l’alternance politique traditionnelle offre les mêmes recettes libérales.

 On ne peut pas non plus analyser sereinement la situation, sans redonner l’historique de ce scrutin européen, marqué par un rejet d’une Europe sans résultats, qui n’offre ni modèle social novateur, ni politiques économiques créatrices d’emploi. Et que dire des choix répétés des présidents Sarkozy et Hollande de bafouer l’aspiration des Français à changer d’Europe. Que cette aspiration se soit exprimée en 2005 avec le refus du Traité Constitutionnel Européen, ou en 2012, avec la promesse abandonnée par le nouveau chef de l’Etat de renégocier le Pacte de stabilité.

 Pour notre rassemblement du Front de Gauche, qui maintient les résultats obtenus en 2009, et dont le groupe de la Gauche Unitaire Européenne va sortir renforcée grâce aux progrès remarquables en Grèce, au Portugal, en Espagne, ou en Irlande, au-delà des scores d’une gauche en berne, c’est ce reflux idéologique qui doit nous interpeller et nous faire réagir. La situation du pays et la conscience des Françaises et des Français nous imposent d’abord de ne pas baisser la tête. Elles nous imposent ensuite de bâtir rapidement une alternative crédible aux politiques d’austérité et de dislocation des valeurs de la gauche française. A la lumière de leur défiance vis-à-vis des formations de gauche, ce travail ne pourra se faire que sur la base d’une mise en commun de propositions alternatives concrètes, d’un programme de rupture, susceptible de redonner un débouché politique crédible à la détresse sociale.

 Il faut également que cette alternative de gauche, nécessairement collective, s’attèle à une véritable bataille culturelle en profondeur dans tout le pays : en redonnant aux valeurs de solidarité et de progrès social, la primauté dans les échanges et les débats ; en rompant avec les poncifs néolibéraux et la compétition du tous contre tous pour substituer une culture de la coopération et de la solidarité.

 

logo fdg

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article
19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 13:58

 Quel avenir pour Alstom, le géant français de l’énergie et des transports ? Les 93 000 salariés du groupe, dont 18 000 en France, se demandent à quelle sauce ils vont être mangés. Au cœur de la campagne des élections européennes, cette affaire révèle d’abord les objectifs de la politique économique de l’Union européenne, et notamment de sa politique énergétique qui se limite à la libéralisation du marché de l’énergie. Alstom, qui fabrique des TGV, des rames de métro, des éoliennes et des turbines pour les centrales nucléaires, dépend essentiellement des commandes publiques, et subit donc de plein fouet la baisse des investissements publics, conséquence de la politique d’austérité imposée par la commission européenne et docilement mise en œuvre par les Etats.

PLAN-SOCIAL-ALSTOM.jpg

 Cette affaire est également révélatrice de l’absence de politique industrielle en France. C’est encore un fleuron de l’industrie française qui est démantelé et bradé. Et ce n’est pas la modification du décret soumettant certains investissements étrangers en France à l’autorisation préalable de l’Etat qui pourra tenir lieu de politique industrielle. Une politique industrielle ne se limite pas aux rodomontades du « patriotisme économique » ! Dans le domaine du transport et de l’énergie, mettre en œuvre une transition écologique exige de faire travailler ensemble la SNCF, Alstom, Areva, EDF et GDF-Suez, avec une puissance publique occupant dans ces grands groupes nationaux une position prédominante. C’est pourquoi l’Etat doit cesser de n’être qu’un spectateur, d’autant plus bruyant qu’il est impuissant.

wind-turbines-eco122-3d-1.jpg

 Mais le rachat d’Alstom par Général Electric aurait aussi des conséquences pour nos relations commerciales et la protection de nos accords industriels antérieurs. Ce serait une nouvelle atteinte à la souveraineté de la France dans la défense de ses intérêts. Prenons pour exemple nos relations avec Cuba où l’entreprise française Alstom est implantée, assurant environ un tiers de la production électrique du pays. Alstom a apporté sa technologie et son ingénierie dans l’installation de centrales thermiques dont elle assure le fonctionnement et la maintenance. Or, la reprise de la branche énergie par l’américain Général Electric aurait pour conséquence l’interruption immédiate du partenariat de l’entreprise avec Cuba, par simple application du blocus américain. L’embargo doit en effet être appliqué par toute entreprise américaine et à toute entreprise dont au moins 10 % des composants sont américains. Au-delà des graves conséquences pour l’économie cubaine, ce retrait aurait aussi un coût pour notre pays avec l’interruption par Alstom de la fourniture des pièces nécessaires à la maintenance et l’arrêt d’un partenariat industriel en plein développement.

140428_alstom_turbine.jpg

 Il est indispensable de décider, tout de suite, de suspendre l'opération engagée sur Alstom et d'ouvrir une grande concertation publique. Elle pourrait viser une appropriation sociale du groupe, bien au-delà de ce que l'on entend traditionnellement par nationalisation, avec l'ouverture du capital à des participations de l’État, mais aussi à des grands clients publics du groupe (EDF, SNCF, RATP), ainsi que l'octroi aux organisations représentatives des salariés du groupe de pouvoirs décisionnels d'intervention sur les choix stratégique et de gestion. Il est grand temps de transformer les relations du groupe à la France, à l’Europe et au monde.

 

Repost 0
Publié par André Chassaigne - dans Chroniques du journal La Terre
commenter cet article