La politique énergétique de la France ne se fait pas à la corbeille !

Publié le par André Chassaigne

 Silence, on dépèce : résumé de ce qui guide depuis une vingtaine d’années la politique énergétique de notre pays.

 Car derrière l’activisme climatique de façade, se cache un abandon industriel et stratégique des filières de l’énergie. Après le fiasco de General Electric – Alstom, l’Etat récidive avec le projet « Hercule » qui vise à casser le caractère intégré d’EDF pour livrer le secteur électrique aux appétits des banques d’affaires et de nos grands groupes pétroliers et gaziers, en quête d’une meilleure part de gâteau électrique. 

 Bien entendu, cette dérive libérale-affairiste prend naissance dans les directives européennes et lois successives visant à l'ouverture complète du marché européen.
 Mais nous vivons aujourd’hui une accélération inquiétante avec le démantèlement des principaux outils industriels et de recherche, pourtant indispensables pour atteindre nos objectifs climatiques.

 Car qui peut croire que la décarbonation des productions énergétiques et de nos usages de l’énergie puisse passer par la logique de rentabilité de court-terme ? La politique énergétique de la France ne se fait pas à la corbeille !  

 Un autre témoignage de l’abandon à la spéculation du secteur électrique : « ASTRID », ce prototype industriel de réacteur nucléaire du futur, permettant de réduire considérablement la production de déchets ultimes et de ne pas gaspiller l’uranium naturel. L’annonce brutale, fin août 2019, de l’arrêt de ce programme de recherche est une démonstration supplémentaire que ce sont bien les intérêts financiers qui commandent désormais la politique de l’énergie de la France. Le 11 octobre 2019, j’ai donc demandé la saisine de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) sur Astrid, en relais de l’indignation d’une grande partie du milieu scientifique. L’étude et les auditions sur les conséquences de l'arrêt d’ASTRID sont en cours. 

 Pour les communistes, de telles manœuvres financières sont non seulement inacceptables mais contreviennent frontalement aux objectifs énergétiques et climatiques de la France et de l’Union européenne. L’Etat organise sa propre impuissance énergétique, tout en claironnant sur la scène internationale qu’il compte répondre aux recommandations du GIEC pour contenir la hausse du réchauffement climatique sous les + 2°C. 
 Au contraire d’une déstructuration d’EDF, de l’abandon de notre recherche-développement dans le secteur nucléaire, le scénario climatique du pire, qui se dessine de plus en plus clairement, nous impose la création d’un grand pôle public de l’énergie à l’échelle nationale, puis européenne, et non pas la soumission de l’Etat aux lobbys financiers, qui voient dans l’accès au secteur de l’électricité, une valeur refuge pour leur rentabilité. 

 Je suis pour ma part convaincu que le degré d’efficacité de nos politiques climat-énergie est totalement dépendant de cette grande ambition publique pour le secteur. Principal artisan de la loi du 8 avril 1946 sur la nationalisation de l'électricité et du gaz, Marcel Paul, ministre communiste de la Production industrielle, s’exprimait ainsi à l’Assemblée nationale : « Il faut avoir une vue d’ensemble de ces problèmes. [...] L’électricité, c’est l’armée de la reprise économique. […] Il ne s’agit pas seulement, d’ailleurs, d’un problème économique, pourtant combien crucial, mais au fond, comme on l’a dit, de l’indépendance de la France. [...] c’est travailler à garantir la liberté de la France. Il faut lever, sur notre pays, l’hypothèque du charbon étranger ».

 Aujourd’hui, ce sont deux hypothèques qu’il nous faut lever : celle de nos émissions de gaz à effet de serre, et celle de la folie financière. 

Tribune à paraître dans la Revue Le Trombinoscope.

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Sur le projet Hercule EDF, voir aussi : 

Projet Hercule - Question au Gouvernement 

- Hercule: Le projet à combattre, par François Dos Santos* dans la Revue Progressistes

Débat sur le projet Hercule - EDF à l'Assemblée nationale à la demande des députés communistes

HERCULE, ASTRID : LA FINANCE AU-DESSUS DE L’INTÉRÊT GÉNÉRAL ÉNERGÉTIQUE ET CLIMATIQUE

Sur la saisine de l'OPECST concernant ASTRID, voir :

Arrêt du projet de réacteur expérimental ASTRID : André Chassaigne demande la saisine de l’OPECST

Nucléaire : une saisine parlementaire sur Astrid ?

- Réacteur ASTRID : l’Assemblée Nationale valide la saisine de l’OPECST

- Suivre les travaux de l'OPECST ici. 

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Cellarier 11/12/2020 14:43

toujours aussi excellent !